Une réforme majeure en cachette : l’exclusion des langues sauf l’anglais du concours de l’ENA.
Il y a des réformes lourdes de conséquences qui se décident dans les cabinets ministériels. C’est ainsi que par un arrêté du 16 avril 2014 qui met à jour les modalités du concours d’entrée à l’ENA (École nationale d’administration), la ministre de la Fonction publique a décidé d’exclure du concours d’entrée à l’ENA toutes les langues vivantes sauf l’anglais.
La régression est énorme, non seulement pour toutes les langues vivantes dans lesquelles les candidats pouvaient concourir, mais pour l’anglais lui-même. La meilleure preuve en est que le CFPP (Centre de formation et de perfectionnement du ministère des finances), qui prépare à ce concours, a supprimé les préparations à l’épreuve de langue, y compris l’anglais. Quand on abaisse les ambitions, on diminue le niveau.
L’OEP (Observatoire Européen du Plurilinguisme) et l’APLV (Association des professeurs de langues) s’en sont émus et ont écrit à la ministre pour lui demander de retirer ces dispositions.
La ministre a répondu négativement, prétextant que l’anglais était indispensable et que, selon le règlement intérieur de l’école, deux langues restent obligatoires dans la scolarité.
Un recours devant le Conseil d’État1a donc été déposé sur la base de deux motifs d’illégalité :
– L’arrêté du 16 avril est contraire à l’article L-121-3 du code de l’éducation qui dispose que« La maîtrise de la langue française et la connaissance de deux autres langues font partie des objectifs fondamentaux de l’enseignement. »
– Il est également contraire au traité franco-allemand de 1963, dit « traité de l’Élysée ».
Cette réforme du concours de l’ENA tend à imposer à l’ensemble de la fonction publique française un modèle du tout anglais. Cette politique est non seulement illégale, mais contraire aux engagements européens du gouvernement français et à ses orientations en ce qui concerne la langue française.
Appliquer aux fonctions publiques des pays européens le principe du Conseil européen de Barcelone de 2002 impliquerait que dans tout recrutement de fonctionnaire soit exigée la connaissance d’au moins deux langues européennes. L’arrêté du 16 avril 2014 fait exactement l’inverse.
Suivez ce dossier sur le site de l’OEP.
1-Le recours est déposé conjointement par l’OEP, l’APLV, l’ADEAF (Association pour le Développement de l’Enseignement de l’Allemand en France,l’AFEA (Association Française d’Études Américaines), l’AGES (Association des Germanistes de l’Enseignement Supérieur, l’ALF (Avenir de la Langue Française), l’ASSELAF (Association pour la Sauvegarde et l’Expansion de la Langue Française), le CLEC (Cercle Littéraire des Écrivains Cheminots), l’ICEG (Institut Culture, Économie et Géopolitique), la SoFHIA (Société des Hispanistes Français), la SIES (Société des Italianistes de l’Enseignement Supérieur), la SLNL (Société des Langues Néo-latines). Ce regroupe-ment est strictement circonscrit au recours et n’implique aucune allégeance.